Texte François Val

Une définition du regard est bien impossible. C'est de cet impossible que résonne à l'atelier l'intention du geste. En regardant,sur le sol,une chute de rail sciée à 45 degrés (reste d'un cadre),Yves Guérin précise simplement le vocabulaire de cet objet moderne . Le rail possède une âme,une tête,une semelle.
Ainsi,il nous oriente pour comprendre la rencontre entre la matière forgée en usine pour les réseaux ferrés et la reprise de cette matière dans son intention intime.

Les mémoires sont multiples,celle du récit,celle du minerai de fer,celle des transports,celle de l'attente....

Mises en oeuvre,ces mémoires nous pouvons les choisir,les subir,les pleurer,les chanter,les vivre nouées en pulsion de vie et de mort ,angoisse des points de fuite,horizon,portillon de Dürer ,Fuite en Egypte,espoir de fuite, Auschwitz . Trop de passé,trou de l'avenir. Renaissance,Résistance,convois de la mort,tire fond dévissés,déraillement,explosion,11 mars 2004,Madrid . Devoir de mémoire,chiffres,monuments.

Yves Guérin se remémore ses pratiques archéologiques,il évoque le cadre de fouille.
Ce cadre me semble une fenêtre rabattue sur le sol.Ce sol tombeau nous livre pierre,silex,outils préhistoriques et fragments de corps.Cette archéologie nous fait signe
comme spiritualité face au trou de l'oubli et de l'éphémère.
Le travail de forge ouvre la méditation.


Regarde le reniement de Pierre,une composition de quatre sculptures agencées autour du vide dessiné par le cadre. Trois formes anthropomorphes font sentinelles pour le vide frontal noué sur la partie haute par l'énigme d'un modèle de rail. Sur la base du cadre est fixée une pierre de quartz.
Au delà de l'homophonie,cette pierre est mémoire géologique,hors récit,attachée au cadre de fouille,elle repose sur l'âme du rail.
Bouge.
Modifie ton angle de vue,la fenêtre s'efface,l'angle de vue est sens de vue. Ceci n'est pas un effet cinétique,un trompe l'oeil,non,c'est la mémoire vive de ton regard forgé au rythme de la semelle de tes chaussures .Dans sa mise au regard,le point de vue interprète un sens,un moment de l'oeuvre.

Arrive face à l'Elévation,ta vue porte à l'horizon,proche de ton corps une ondulation de métal retient,dans le ciel,la base d'une fenêtre. Regarde de profil,seul le souffle reste. Respire.
Forger et modeler son deux gestes proches,Yves Guérin précise trois opérations:fendre,étaler,appointer.

Regarde et touche l'Annonciation. Sur le montant d'une fenêtre,un rail enroule ses involutions sidérales,une ,deux ,trois fois. Dans l'incandescence du charbon,il à fallu
poser le rail pour que résonne,de multiples coups de marteau-pilon,la matière parlée de l'Annonciation.

Dans l'étoffe de l'ange la lumière se replie,dans le bruissement des plumes de métal s'étale. Notre disponibilité de spectateur est mise à l'épreuve par la multitude de nouages,par les variations d'échelle ainsi que les regroupements de pièces. Mais c'est à partir de trois opérations d'origine que l'on approche les sculptures,fendre,étaler,appointer.
C'est ainsi que la matière travaillée nous renvoie aux archétypes.Touche un symbole,il ouvre la fenêtre intérieure de ta condition individuelle pour indiquer l'universel.

 

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