Clairière

La surface des choses comme l'appel des choses à dire, à saisir.En moi surgit le tambour des rites de naissance.
Je nais sur la note sombre où se dépose la vie et la peau de mon âme a la douceur de ce chant.
J'écoute au dedans le froissement des aubes dans les mains de la nuit.Quelques signes tombés de mes peurs guident la lumière de foyers anciens.Et je revois des mains pâles dans un pays d'enfance,grattant la terre pour des éclats de pierres.
La surface des choses c'est le regret d'une caresse,c'est la joie de l'aveugle et la détresse du voyant.Tatonnement de l'esprit enfoncé dans le corps,soubressaut des organes soulevant le désert sanguin de la chair,émergence de l'invisible dans l'apparat des formes, la surface exonde le péril de vivre.
Je revois l'aile d'un geste vers mon visage et l'éclaircie de ma peau quand elle se sent être.Maternité,suppliante mémoire des chairs dédoublées où chaque seconde et chaque parcelle de peau étale ce corps où nous nous séparons.La surface des choses comme un voile de souffrance sur les gouffres invisibles où palpite le coeur d'autres corps à venir...Seule l'argile est verbe pur.Terre où s'écrit la vie en lettre de racine,terre où surgit la forme en trace de pouce.

Argile,glaise,boue,épreuve du néant,de la terrible douleur des roches usées.

Boue toujours plus profonde dans le puits du silence,toujours plus proche de la douceur de la peau.Argile,attente déposée pour les puissants nerfs du désir.

Préssée,étirée,écrasée,violence de la main sur la terre qui se tord,éclate,s'enroule.Pétrie,la terre prends corps dans la main,elle sort du néant dans la seconde du désir.

Pour tant de rage,l'eau des terres,préssée,coule dans le tube de mes os.Gratter,piocher,creuser,ouvrir dans la boue une fente,un exil au désir d'au-delà.Ce n'est qu'une blessure,lumière éblouissante dans un geste de mort.

Frapper,déchirer,ouvrir dans la nuit froide et humide de la glaise un autre jour.

Dans la nuit,un silex blanc ouvre la chair du temps.La forme n'est qu'un cri,suintement,respiration,exaltaton,comme cet homme qui vit.

Clairière blessure,clairière ou clair de terre dans un cri sans jouissance ni souffrance,écho sans origine comme le centre vide des mains jointes .Et croire que par ce geste,dans cette boue,j'accède au verbe divin,à la parole d'argile celle d'Adam...

...La forme nait dans le centre de mes mains,terre écrasée par désir de l'invisible énergie de mon sang.La chair nait de la chair,la forme boueuese à l'extémité de mes mains est la terre de ma chair,la jouissance qui fait du néant une empreinte de vie.

Argile,extrémité du monde rigide,souple et douce argile,glissant sous le pouce plus rapide que l'esprit.

Luisante et ténébreuse argile,lourde et aveugle de temps,nommée pour la naissance et pour la mort.Pour mon existence de doute,pour le grand moulin des pierres,pour l'usure éternelle des formes,l'argile est le sommeil de mon sommeil,le rêve de mes rêves,l'esprit de l'Esprit.

L'argile est la chair de la vie éternelle...

 

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